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Question au Gouvernement

Interview, salle des 4 colonnes de l'Assemblée nationale

Octobre 2022

Débats budgétaires et souveraineté de la France

D’aucuns peuvent se demander pourquoi il y a actuellement autant de débats autour d’un projet de loi de budget pour 2023. La raison en est simple : un budget est la traduction financière des politiques publiques et surtout, il est le reflet du projet d’un gouvernement concernant le futur d’un pays.

C’est ainsi que le projet de budget présenté par le gouvernement cette année ne peut qu’interroger. En effet, à mon sens, ce budget est dangereux pour la France et les Français et ceci au moins pour trois raisons : il prévoit un déficit budgétaire pour 2023 d’au moins 155 milliards d’euros, il augmente les dépenses de 62 milliards par rapport à 2022 et enfin, il conduit désormais à avoir une dette de la France qui atteint 3 000 milliards d’euros, ce qui correspond à 120 % du Produit Intérieur Brut (P.I.B.) qui est l’indicateur de mesure de la richesse produite par notre pays en un an. En d’autres termes, pour rembourser la dette de la France, l’ensemble de la richesse produite en France en une année ne suffirait même plus. Et là où le bât blesse tout particulièrement, c’est qu’avec la combinaison de ces trois facteurs, le gouvernement augmente la vulnérabilité de la France, endette fortement les générations à venir et enfin, à l’heure où les taux d’intérêt augmentent à nouveau, le poids des intérêts de la dette ne cesse d’augmenter dans le budget, engloutissant des sommes considérables, non pas pour investir, mais pour payer les intérêts légitimement dus à nos créanciers. Et pour couronner le tout, ces créanciers sont de plus en plus d’origine étrangère, de sorte que nous augmentons notre dépendance vis-à-vis d’autres pays (comme par exemple la Chine dont la part dans la dette française augmente).

Ce que je viens de décrire ici, conduit à un résultat dramatique : la perte de la souveraineté de la France, c’est-à-dire la capacité à agir librement, de façon indépendante des marchés financiers et surtout, en étant capable de compter dans le concert des Nations afin de protéger nos intérêts en matière alimentaire, énergétique, industrielle et économique. Protéger la France et assurer sa souveraineté, c’est protéger la France et les Français.

Or, force est de constater que la France est désormais dans une situation budgétaire qui ne laisse plus de marge de manœuvre si de nouvelles difficultés devaient apparaître en raison du contexte géopolitique, de la situation sanitaire ou encore d’une récession économique. La capacité d’action du gouvernement se réduit désormais à vue d’œil en raison d’une myopie budgétaire.

J’ai pu très directement m’en apercevoir au cours des derniers jours dans le cadre d’un travail franco-allemand. En effet, j’ai participé à la réunion du bureau de l’Assemblée parlementaire franco-allemande à Berlin, lundi le 17 octobre 2022. Cette réunion portait principalement sur le programme de travail à venir ainsi que la préparation de l’assemblée plénière de cette assemblée, prévue également à Berlin le 7 novembre prochain.

Cette réunion a hélas montré que la relation n’était actuellement pas au beau fixe. En effet, si nous avons réussi à nous mettre d’accord sur la création d’un groupe de travail sur la souveraineté énergétique, les discussions ont aussi montré que la coalition au pouvoir en Allemagne tenait à affirmer unilatéralement certaines de ses priorités. C’est ainsi qu’a été écarté un projet de groupe de travail sur la politique de défense entre nos deux pays. L’Allemagne considère que cette question n’a pas à être débattue dans un cadre franco-allemand, ce qui en dit long sur les projets industriels communs. Les représentants allemands ont aussi pleinement assumé le choix d’un bouclier anti-missile d’origine américaine plutôt qu’une coopération avec la France.

Quels liens avec la situation budgétaire de la France et sa souveraineté allez-vous me dire ? Eh bien, cette réunion a clairement mis en lumière que les Allemands étaient désormais en position de force. Avec une dette qui va frôler les 120 % du PIB, il devient de plus en plus difficile pour la France de prétendre défendre sa souveraineté et obliger d’autres Nations européennes à coopérer avec la France. Quand nous leur avons reproché de travailler de façon trop solitaire, notamment en débloquant 200 milliards d’euros pour soulager les entreprises et les ménages allemands face à la flambée du prix de l’énergie, ils nous ont suggéré de balayer devant notre porte en estimant que nous pourrions faire de même si nous avions été plus vertueux dans la gestion de nos finances publiques et si nous étions moins endettés (à ce jour la dette allemande représente 70 % du P.I.B. allemand).

Cet exemple illustre parfaitement combien la France est désormais en situation de faiblesse au sein de l’Europe et qu’elle a de plus en plus de mal à faire entendre sa voix car elle n’a pas été et n’est toujours pas assez vertueuse en matière de finances publiques. Si nous voulons redresser la barre et préserver les intérêts de tous les Français en redonnant des marges d’action à notre pays, le gouvernement devra montrer l’exemple en travaillant à des finances publiques plus vertueuses et en visant un retour à l’équilibre budgétaire, le plus rapidement possible. Il est encore temps pour inverser la tendance mais pour cela il faut que le gouvernement tienne enfin un discours de sincérité. Pour le moment, il ne semble pas encore avoir emprunté ce chemin. Et pourtant, je reste persuadé que les Françaises et les Français peuvent entendre la vérité.

Patrick HETZEL,
votre Député.

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