Août 2026
Former les compétences de demain : un défi décisif pour l'Alsace et pour la France
Dans vingt ans, les métiers qui feront vivre notre économie ne seront plus tout à fait ceux d'aujourd'hui. L'intelligence artificielle, la robotique, la transition énergétique, les biotechnologies ou encore les nouveaux matériaux transformeront profondément notre façon de produire, d'innover et de travailler. Face à ces mutations, une certitude s'impose : la première richesse de notre pays demeurera le talent des femmes et des hommes qui le composent.
La véritable question n'est donc pas de savoir quels emplois disparaîtront ou apparaîtront, mais si nous saurons préparer les compétences dont notre territoire aura besoin.
L'Alsace possède, à cet égard, des atouts considérables. Son tissu industriel est dense et diversifié. Son ouverture sur l'Allemagne et la Suisse lui confère une dimension européenne unique. Ses centres de formation, ses universités, ses écoles d'ingénieurs, ses centres de recherche et ses entreprises innovantes constituent un écosystème remarquable. Pourtant, les difficultés de recrutement demeurent importantes dans de nombreux secteurs comme beaucoup d’entre vous m’en font part régulièrement, que vous soyez dans l’artisanat, le commerce, l’industrie, les services, la santé ou encore d’autres secteurs. Les entreprises peinent à trouver les compétences dont elles ont besoin, tandis que certains jeunes doutent encore des perspectives qui leur sont offertes.
Ce paradoxe doit nous interpeller.
Former les compétences de demain suppose d'abord de redonner toute sa place à l'excellence éducative. L'école doit transmettre des savoirs solides, développer l'esprit critique, la maîtrise des sciences, des mathématiques, des langues étrangères et des outils numériques. Les compétences techniques sont essentielles, mais elles ne sauraient se substituer à la culture générale, à la capacité de raisonner, d'innover et de s'adapter tout au long de la vie.
L'université et la recherche jouent également un rôle stratégique. Dans une économie fondée sur la connaissance, investir dans l'enseignement supérieur n'est jamais une dépense ; c'est un investissement pour l'avenir. Les découvertes scientifiques d'aujourd'hui nourrissent les innovations industrielles de demain. Les territoires qui réussiront seront ceux qui auront su rapprocher tous les acteurs entre eux.
L'apprentissage et la formation professionnelle doivent également être pleinement valorisés. Trop longtemps, notre pays a opposé les filières générales aux filières professionnelles. Cette vision est dépassée. L'économie de demain aura besoin de chercheurs de haut niveau, mais aussi de techniciens qualifiés, d'ingénieurs, d'artisans, d'informaticiens, de soignants ou encore de spécialistes de la maintenance industrielle. Toutes ces compétences sont indispensables à notre souveraineté économique.
L'Alsace peut montrer la voie et plus particulièrement notre circonscription. Grâce à sa tradition industrielle, à son ouverture transfrontalière et à la qualité de ses établissements de formation et de leur offre, elle dispose de tous les atouts pour devenir un territoire pilote dans la préparation des métiers de demain. Le développement de formations franco-allemandes, le renforcement des partenariats entre les entreprises et les établissements d'enseignement, ainsi qu'une meilleure anticipation des besoins en compétences peuvent constituer de véritables leviers de compétitivité qu’il va falloir plus que jamais développer.
Mais cette ambition dépasse largement les frontières de notre région. Elle concerne évidemment l'ensemble de la France. Dans un monde où la compétition internationale s'intensifie, notre indépendance économique dépendra de notre capacité à former, attirer et fidéliser les talents. Aucun investissement ne sera plus rentable que celui consacré à l'intelligence, à la recherche et à la jeunesse. C’est pourquoi les entreprises doivent aussi capitaliser sur de véritables marques employeurs à l’image de ce que font déjà certaines pour attirer et fidéliser.
Préparer les vingt prochaines années exige donc une vision de long terme. Les politiques publiques ne peuvent plus se limiter à répondre aux urgences du moment. Elles doivent anticiper les transformations profondes de notre économie et accompagner les jeunes générations vers les métiers qui feront la prospérité de notre pays.
Former les compétences de demain n'est pas seulement un enjeu économique. C'est un choix de société. C'est faire le pari de la confiance, de la connaissance et de la responsabilité. C'est offrir à chaque jeune la possibilité de construire son avenir et donner à la France les moyens de demeurer une grande nation d'innovation, de production et de transmission.
Parce que l'avenir ne se subit pas, il se prépare. Et c'est dès aujourd'hui que se construisent les compétences dont l'Alsace, et plus largement la France, auront besoin dans vingt ans.
Bien fidèlement,
Patrick HETZEL,
Député du Bas-Rhin,
Ancien Ministre.
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