93 parlementaires LR dénoncent les « mythes et réalités de la politique étrangère d’Emmanuel Macron »

Publié le 28/03/2022 dans les catégories Médias Politique

Journal Du Dimanche - TRIBUNE publiée le 26.03.2022 : 93 parlementaires LR dénoncent les « mythes et réalités de la politique étrangère d’Emmanuel Macron »

« Le bilan international du président Macron se révèle bien maigre et de surcroit ambigu », estiment dans cette tribune plus de 90 parlementaires membres des Républicains. Ils notent « un décalage manifeste entre un glorieux récit et une réalité bien moins flatteuse ».

Leur tribune : « Les circonstances exceptionnelles d’aujourd’hui amènent naturellement à la recherche d’un large consensus en soutien d’une politique étrangère capable de répondre résolument au défi posé par l’invasion russe de l’Ukraine et ses bouleversements induits sur tout le système international. Pour autant, l’action extérieure ne peut échapper à un bilan critique dans le cadre du nécessaire débat démocratique précédant la seule échéance électorale comptant dans ce "domaine réservé" de la présidence de la République. Or, derrière l’image ciselée d’un président dont les intuitions seraient fulgurantes et dont l’action serait admirée, le bilan international du président Macron se révèle bien maigre et de surcroit ambigu.

S’il est encore trop tôt pour apprécier à sa juste mesure son rôle dans la crise actuelle, il convient de remettre en perspective quelques épisodes qui expliquent pourquoi aujourd’hui, en dépit d’une activité diplomatique intense et d’une auto-promotion flatteuse, la France n’incarne pas un leadership incontestable, particulièrement au niveau européen.

" Dans la plupart des capitales européennes, l’activisme français vis-à-vis de la Russie suscite plus de réserves que d’enthousiasme, quel que soit son bien-fondé objectif "

Notons d’abord que la critique aujourd’hui répandue de la coupable indulgence qui a largement aveuglé les élites politiques françaises vis-à-vis de la nature du régime et des ambitions de Vladimir Poutine ne saurait épargner le Président lui-même. Les grandioses réceptions du président russe à Versailles en 2017 et à Brégançon en 2019 n’ont débouché sur rien de concret. En revanche, elles ont nourri une suspicion tenace parmi la plupart de nos partenaires européens, inquiets de constater que le président français, chantre du multilatéralisme et de l’unité européenne faisait cavalier seul sur un sujet aussi stratégique que les relations avec Moscou. Cela explique qu’aujourd’hui, dans la plupart des capitales européennes, l’activisme français vis-à-vis de la Russie suscite plus de réserves que d’enthousiasme, quel que soit son bien-fondé objectif.

Cette suspicion a été renforcée par des déclarations d’une grande maladresse, comme celle sur la "mort cérébrale de l’Otan". Le pire dans cet épisode étant sans doute que l’analyse conduisant à cette conclusion brutale était fort intéressante (besoin d’une Europe plus autonome, faiblesses intrinsèques d’une alliance atlantique malmenée par Trump et Erdogan), mais qu’elle a été totalement éclipsée par un slogan inutilement choquant, aliénant durablement des partenaires européens qui, que cela nous plaise ou non, ont des raisons historiques d’attendre davantage de l’Alliance atlantique que d’une virtuelle défense européenne "à la française". La tentation d’un bon mot a ruiné l’élan réformateur que prétendait insuffler un raisonnement rigoureux et pertinent.

" Le bilan revendiqué renvoie d’ailleurs bien plus souvent à des discours et des images qu’à des résultats tangibles "

Ce syndrome se retrouve d’ailleurs dans de nombreuses situations internationales lors desquelles M. Macron a abondamment disserté (avec des analyses parfois brillantes mais parfois jargonnantes) plus qu’il n’a réellement pesé sur le cours des événements. Le bilan revendiqué renvoie d’ailleurs bien plus souvent à des discours (Sorbonne sur l’Europe, Ouagadougou sur l’Afrique) et des images (visite sur le port dévasté de Beyrouth) qu’à des résultats tangibles. Certes les mots et les symboles comptent, mais leur accumulation ne peut faire illusion. Les "coups" ne font pas une politique, surtout dans un monde en pleine mutation.

Le décalage entre les ambitions et la réalité des leviers dont dispose notre pays a été crûment mis à jour avec l’épisode catastrophique des sous-marins australiens. Bien sûr Australiens, Américains et Britanniques se sont rendus coupables d’une mauvaise manière humiliante, tant sur la forme que sur le fond (mais le pardon de la France a été bien discret). Et il reste beaucoup d’interrogations sur la façon dont ce "contrat du siècle" et le "partenariat stratégique" qui l’accompagnait, ont été pilotés politiquement. Les efforts industriels ont-ils vraiment été suivis d’une action politico-diplomatique à la hauteur ? Lorsque le contexte stratégique régional s’est durci dans le Pacifique, l’alliance américaine s’est imposée aux Australiens, nous reléguant dans une catégorie hélas plus conforme à nos capacités dans une zone où nous avons pourtant d’évidents intérêts à défendre (Nouvelle-Calédonie, Polynésie).

En Afrique, les coups d’Etat dans plusieurs pays sahéliens ont considérablement fragilisé nos positions et le désengagement militaire français au Mali se déroule sous la contrainte, sans réelle marge de manœuvre. Les développements politiques des dernières années comprenaient pourtant déjà la plupart des paramètres conduisant à cette issue fatale. S’il faut bien reconnaitre que les événements locaux ont leur logique propre, le volontarisme affiché par Paris ces derniers mois, tant sur notre capacité à surmonter les obstacles politiques qu’à obtenir des résultats décisifs notamment dans la montée en puissance de la coordination militaire régionale, ressemblait plus à la méthode Coué qu’à une analyse lucide de la situation. Le levier militaire, s’appuyant sur le professionnalisme remarquable de nos forces armées, constitue trop systématiquement, en Afrique comme au Moyen-Orient, un palliatif à l’absence d’une véritable stratégie politico-diplomatique. Il est à craindre d’ailleurs que le démantèlement annoncé d’un authentique corps diplomatique professionnel, à l’aune d’une hasardeuse réforme de l’Etat, ne vienne amplifier cette insuffisance.

" L’exigence d’unité et de solidité dans l’action internationale de la France ne saurait tolérer que soient passées par pertes et profits les lacunes, ambigüités et contradictions "

D’autres exemples pourraient illustrer la contradiction flagrante entre discours et action, entre intentions et réalisations. L’image européenne, qui nous est abondamment présentée comme la colonne vertébrale du bilan macronien à l’international, est beaucoup plus contrastée. Oui, beaucoup d’ambitions ont été affichées, et il serait d’autant plus malhonnête de les dénigrer que nombre d’entre elles figuraient déjà dans les positions traditionnelles françaises, telles qu’elles avaient notamment pu être présentées du temps de la précédente présidence française du conseil de l’Union Européenne, sous Nicolas Sarkozy, en 2008. Mais force est de constater que la conviction des autres pays européens est loin d’avoir été irrésistiblement emportée par l’activisme macronien. Car les visions françaises ont été présentées avec beaucoup d’arrogance, en théorisant (revoir le discours du congrès de Versailles de juillet 2018) une division irréconciliable entre une Europe "progressiste" et une Europe soi-disant "populiste et nationaliste", les contours de l’une et de l’autre évoluant au gré des sympathies et intérêts conjoncturels du Président français. L’affirmation même d’une Europe devant être plus souveraine, martelée par M. Macron, s’accommode assez mal de tergiversations gouvernementales et de votes parlementaires souvent peu conformes, particulièrement dans les domaines énergétique (conversion très tardive aux avantages du nucléaire) et agricole (aucun critique à l’époque de la désastreuse stratégie européenne dite de la Ferme à l’Assiette qui conduit à une décroissance de la production agricole continentale).

La politique extérieure est traditionnellement, et doit autant que possible rester, un terrain relativement consensuel entre forces politiques responsables. Il ne saurait donc être question, en ces temps décisifs, de porter sur l’action du chef de l’Etat un regard systématiquement désapprobateur. Mais l’exigence d’unité et de solidité dans l’action internationale de la France ne saurait tolérer que soient passées par pertes et profits les lacunes, ambigüités et contradictions qui, au cours des dernières années, ont créé un décalage manifeste entre un glorieux récit et une réalité bien moins flatteuse. »

Les signataires : 

  1. Jean Louis Thieriot – Député Seine et Marne
  2. Jean Pierre Door – Député Loiret
  3. Gérard Menuel – Député Aube
  4. Claude De Ganay – Député Loiret
  5. Bernard Reynes – Député Bouches du Rhône
  6. Brigitte Kuster – Députée Paris
  7. Marine Brenier – Députée Alpes Maritimes
  8. Philippe Gosselin – Député Manche
  9. Stéphane Viry – Député Vosges
  10. Nathalie Porte – Députée Calvados
  11. Philippe Meyer - Député Bas-Rhin
  12. Patrick Hetzel - Député Bas-Rhin
  13. Pierre Henri Dumont – Député Pas de Calais
  14. Jean Marie Sermier – Député Jura
  15. Alain Ramadier – Député Seine Saint Denis
  16. Valérie Beauvais – Députée Marne
  17. Philippe Benassaya – Député Yvelines
  18. Virginie Dubby Muller – Députée Haute Savoie
  19. François Cornut Gentille – Député  Haute Marne
  20. Fabien Di Filippo - Député Moselle
  21. Fabrice Brun – Député Ardèche
  22. Emilie Bonnivard – Députée Savoie
  23. Maxime Minot – Député Oise
  24. Jean Claude Bouchet – Député Vaucluse
  25. Bernard Deflesselles – Député Bouches du Rhone
  26. Yves Hemedinger – Député Haut-Rhin
  27. Isabelle Valentin - Députée Haute Loire
  28. Jean Pierre Vigier – Député Haute Loire
  29. Pierre Vatin - Député Oise
  30. Gilles Carrez – Député Val de Marne
  31. Gérard Cherpion – Député Vosges
  32. Marianne Dubois - Députée Loiret
  33. Sandra Boelle – Députée Paris
  34. Thibaut Bazin - Député Meurthe et Moselle
  35. Ian Boucard - Député Territoire de Belfort
  36. Bernard Bouley - Député Essonne
  37. Julien Dive - Député Aisne
  38. Eric Pauget – Député Alpes Maritimes
  39. Nicolas Forissier – Député Indre
  40. Michel Herbillon - Député Val de Marne
  41. Emmanuelle Anthoine - Députée Drôme
  42. Guy Teissier - Député Bouches du Rhone
  43. Berengère Poletti – Députée Ardennes
  44. Michel Vialay - Député Yvelines
  45. Raphael Schellenberger - Député Haut Rhin
  46. Annie Genevard - Députée Doubs
  47. Laurence Trastour Isnart - Députée Alpes Maritimes
  48. Julien Aubert - Député Vaucluse
  49. Jean Jacques Gauthier – Député Vosges
  50. Vincent Descoeur - Député Cantal
  51. Valérie Bazin Malgras - Députée Aube
  52. Jacques Cattin - Député Haut Rhin
  53. Emmanuel Maquet - Député Somme
  54. Anne Laure Blin - Députée Maine et Loire
  55. Pierre Cordier - Député Ardennes
  56. Marie-Christine Dalloz – Députée Jura
  57. Frédérique Meunier - Députée Corrèze
  58. Jean-Luc Reitzer - Député Haut Rhin
  59. Rémi Delatte - Député Cote d’Or
  60. Xavier Breton - Député Ain
  61. Josiane Corneloup – Députée Saone et Loire
  62. Bruno Retailleau - Sénateur Vendée
  63. Alexandra Borchio Fontimp - Sénatrice Alpes Maritimes
  64. Damien Regnard - Sénateur Français de l’étranger
  65. Stéphane Sautarel – Sénateur Cantal
  66. Dominique de Legge - Sénateur Ille et Vilaine
  67. Françoise Dumont - Sénatrice Var
  68. Jérôme Bascher - Sénateur Oise
  69. Fabien Genet - Sénateur Saone et Loire
  70. Else Joseph - Sénatrice Ardennes
  71. Jacqueline Eustache-Brinio – Sénatrice Val d’Oise
  72. Alain Cadec - Sénateur Cotes d’Armor
  73. Ronan Le Gleut - Sénateur Français de l’étranger
  74. Béatrice Gosselin - Sénatrice Manche
  75. Laurent Burgoa - Sénateur Gard
  76. Charles Guéné - Sénateur Haute Marne
  77. Louis-Jean de Nicolaÿ - Sénateur Sarthe
  78. Brigitte Micouleau - Sénatrice Haute Garonne
  79. Philippe Mouiller - Sénateur Deux Sèvres
  80. Catherine Deroche - Sénatrice Maine et Loire
  81. Annie Delmont-Koropoulis – Sénatrice Seine Saint Denis
  82. Marie Mercier - Sénatrice Saône et Loire
  83. Henri Leroy – Sénateur Alpes Maritimes
  84. Martine Berthet - Sénatrice Savoie
  85. Francois-Noel Buffet - Sénateur Rhône
  86. René-Paul Savary - Sénateur Marne
  87. Max Brisson - Sénateur Pyrénées Atlantiques
  88. Sophie Primas - Sénatrice Yvelines
  89. Dominique Estrosi-Sassone - Sénatrice Alpes Maritimes
  90. Kristina Pluchet - Sénatrice Eure
  91. Frédérique Puissat - Sénatrice Isère
  92. Laurence Garnier – Sénatrice Loire Atlantique
  93. Philippe Paul - Sénateur Finistère

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