Recherches concernant l’Antarctique

Publié le 26/02/2021 dans les catégories Enseignement Sup & Recherche

Patrick Hetzel vient d’interroger, sous forme de question écrite, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation sur la recherche française en Antarctique.

En cette année 2021, seront célébrés deux anniversaires d'événements majeurs ayant contribué à une meilleure connaissance scientifique de l'extrême sud de la planète. Le 60è anniversaire de l'entrée en vigueur du Traité sur l'Antarctique et le 30 è anniversaire de la signature du Protocole de Madrid. Du 14 au 24 juin 2021, la France présidera les deux conférences annuelles de négociations internationales adossées à ces événements géopolitiques. : la 43è réunion consultative du Traité sur l'Antarctique (RCTA XLIII) et la 23è réunion du Comité pour la Protection de l'Environnement (CPE XXIII) mis en place par le Protocole de Madrid.
En 1989, en ouvrant la 15è RCTA, Michel Rocard annonçait la négociation d'un nouveau cadre juridique en faveur de la protection de l'environnement du grand continent blanc, cadre qui allait devenir le Protocole au Traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement, dit « Protocole de Madrid ». Il sera adopté en 1991 et définira l'Antarctique comme « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». La stratégie polaire nationale édictée en parallèle par le Premier Ministre va conduire à la création en 1992 de l'Institut français pour la recherche et la technologie polaires (IFRTP), qui deviendra en 2002, l'Institut polaire français Paul Emile Victor (IPEV), agence nationale chargée d'implémenter les recherches polaires françaises en organisant les expéditions et en assurant la maintenance et le développement des infrastructures dédiées. Cette stratégie aboutira également à la création en France du Comité de l'environnement polaire en 1993. Chaque année, la RCTA organise les négociations internationales autour du Traité sur l'Antarctique. 54 Etats y prennent part actuellement (dont 29 Parties consultatives au Traité, ayant droit de vote).

Le Système du Traité sur l'Antarctique constitue un instrument géopolitique unique en son genre, voyant un collectif de nations gérer conjointement près de 7% de la surface de notre planète (tout l'espace au sud du 60è parallèle sud). A ce jour, la France est considérée comme une nation polaire majeure. Sa voix est particulièrement écoutée dans le cadre du Système du Traité sur l'Antarctique. Cela tient en priorité à l'excellence et à la visibilité de sa recherche en Antarctique, reconnue au meilleur niveau international.

La présidence française de la RCTA et du CPE à Paris en juin 2021 offre une occasion rare (la prochaine présidence française se tiendra en 2050) d'affirmer en coordination interministérielle une nouvelle ambition nationale pour ces milieux, ainsi que de mettre en avant les problématiques polaires à l'échelle de notre nation (valeur de la recherche scientifique polaire et particulièrement antarctique, changement climatique, développement du tourisme, enjeux environnementaux plus généralement mais aussi enjeux économiques et géostratégiques). Quatre mois seulement nous séparent de l'événement. Une question légitime se pose alors : quelle volonté politique le gouvernement français souhaite-t-il exprimer à cette occasion, connaissant l'impact mondial de la précédente présidence française en 1989 ? Est-ce que la France souhaite demeurer une puissance polaire et montrer l'exemple dans son positionnement ? Ou bien entrera-t-elle dans le rang des rares nations se désintéressant de la géopolitique antarctique et des enjeux scientifiques majeurs y prenant place ?

Aujourd'hui, nous constatons que notre opérateur polaire, l'Institut polaire français Paul-Emile Victor dispose de beaucoup moins de moyens que des nations comme la Corée du sud, l'Australie, l'Allemagne ou encore le Royaume-Uni, en matière d'investissements en Antarctique au service de la recherche. Ces dernières investissent annuellement trois fois plus que la France pour remplir les mêmes missions logistiques et opérationnelles dans les milieux polaires. Plus grave, les chercheurs observent que l'Institut polaire français voit une réduction importante de ses ressources humaines depuis au moins 15 ans, alors même que la pression scientifique s'accroît. Les enjeux pratiques sont pourtant là.
La France dispose de deux stations de recherche en Antarctique : Dumont d'Urville sur la côte et Concordia au cœur du continent, qui nécessitent urgemment un plan de rénovation / modernisation. La première a en effet vu ses derniers investissements matérialisés au cours des décennies 1960 et 1970. La deuxième, construite en 2005 pour une durée de vie de 30 ans, parvient à mi-vie.
Est-ce que juin 2021 ne pourrait pas être l'occasion d'affirmer une politique ambitieuse de modernisation de ces deux stations opérées par la France en Antarctique, en s'appuyant sur l'approche la plus responsable possible sur le plan environnemental.
L'objectif ultime consisterait à ce que les stations de recherche françaises en Antarctique soient « zéro carbone » à l'horizon de la RCTA 2050, notre nation montrant alors la voie à suivre au cœur du continent antarctique afin de répondre aux objectifs fixés par la COP21.
La France pourrait aussi doter son Institut polaire des moyens de conduire des campagnes océanographiques récurrentes dans l'océan circumantarctique, soit en adaptant son navire brise-glace ravitailleur L'Astrolabe, soit en se dotant d'un navire de façade de petite capacité, permettant en particulier d'étudier de manière plus approfondie la zone maritime que la France souhaite inscrire dans le réseau de nouvelles Aires Marines Protégées. Pour rappel, notre nation est la seule au sein du G7 à ne pas posséder de brise-glace en soutien à la recherche océanographique.
Par la présente, Patrick Hetzel souhaite connaître les intentions du gouvernement en la matière. En effet, la compétitivité maintenue de la science française en Antarctique dépendra de facto des orientations prises par l'exécutif dans les tout prochains mois.

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